Thés de printemps 2024 : les shincha

Si les théiers sont souvent récoltés plusieurs fois par an sans grands bruits autour des différentes récoltes. Il existe toutefois quelques exceptions : 

- les thés verts de printemps (Japon et Chine principalement), c'est-à-dire vraiment les toutes premières récoltes (quelques jours, au maximum semaine) après la période de dormance des théiers. Ces jeunes feuilles sont spécialement tendres et intenses. Elles sont aussi chargées en principes actifs. Ils sont vouent appelés "thés primeurs"

- les thés de certaines origines (notamment Darjeeling mais pas que), pour lesquelles il existe une différence notable entre les différentes récoltes. On parlera souvent alors de "First Flush" (récolte de printemps), "Second Flush" (récolte d'été), Autumnal Flush voire Winter Flush (rare). 

Comme dans le vin, les années se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. En fonction de la pluviométrie, du taux d'ensoleillement  notamment mais aussi du travail de transformation des feuilles fraiches en thé, le thé d'un même jardin variera d'une année sur une autre. L'arrivée des premières récoltes d'une année donne donc aussi le La pour la suite du millésime.

Pour ces raisons, les thés de printemps sont souvent très attendus. 

 

Et inexorablement, les premiers à arriver sont les thés primeurs japonais, aussi appelés shincha ("nouveau thé")ou parfois ichibancha ("1ère récolte"). 
Cette année ne faisant pas exception, nous avons rentré nos shincha début mai, en voici une petite présentation. 

 

 

Sakura-No-En
Ce shincha nous vient de l'île de Kyushu et plus précisément de Kunamoto. 
Il a été cultivé, récolté et transformé par la famille Matsumoto qui oeuvre pour le développement de la culture naturelle du thé, c'est-à-dire sans aucun entrant (ni engrais, ni pesticide). De plus, seuls des théiers issus de graines sont utilisés, en l'occurence c'est la variété Yabukita qui a été utilisé pour ce thé primeur. Les feuilles (bourgeons + 1 feuille) ont été récoltées fin avril et faiblement étuvées (asa-mushi). 
Dans la tasse le résultat est puissant de goût et d'odeur, avec une note marquée d'épinard et une petite pointe piquante qui saura rappeler la roquette. Au fil des infusions, la puissance se mue en rondeur, l'épinard en artichaud, la salinité en sucrosité. Si chaque liqueur est intéressante (nous avons fait 5 passages), c'est l'évolution du goût qui nous a le plus séduit, avec un thé véritablement vivant et puissant. 

 

Morimoto Shincha 
Le jardin de thé de la famille Morimoto est situé sur l’île la plus au sud des quatre îles principales du Japon, non loin de la ville Miyazaki.
Si sept variétés de théiers sont cultivés dans leur jardin, assurant une complémentarité de goût mais aussi de biodiversité, c'est ici un mélange de deux variétés qui compose ce shincha : le Yutaka Midori et le Saki Midori, deux types de théiers plutôt précoces. Les deux variétés ont été traitées différemment : la première a été ombrée et apporte rondeur et douceur au thé, là où la seconde, non-ombrée, apporte intensité et notes végétales marquées. 
En bouche, le thé est soyeux, rond, équilibré. La note dominante de courgette est présente sur toutes les infusions, tel un fil conducteur. Le thé n'en évolue pas moins pour autant, passant d'une courgette vapeur, à des beignets de fleurs de courgettes puis un bouquet de légumes verts où petits pois et haricots crus viennent se mêler à la danse. Un thé agréable et équilibré qui porte en lui toute la fraîcheur du printemps. 

 

Watanabe kabuse shincha
Yakushima est une petite île paradisiaque au sud du Japon qui appartient à la préfecture de Kagoshima, dans laquelle la culture du thé joue un rôle important. Cependant, la topologie de cette île (avec notamment le plus haut volcan de la région de Kyushu et beaucoup de forêts) rend la culture du thé très limitée. Les parcelles débutent ici sur le littoral et s'étendent jusqu'à l'orée de la forêt. L'île n'en reste pas un petit paradis végétal et les thés qui en sont issus sont marqués par cette richesse de terroir et de biodiversité. 
Ici, les Watanabe ont choisi d'associer les trois variétés de brousse les plus rares : Kuritawase, Sae Midori et Asatsuyu. Comme son nom l’indique, il ne s’agit pas d’un Shincha « normal » issu d’une culture non ombragée, mais d’un thé de printemps, pour lequel les arbustes de thé ont été ombragés. 
On retrouve dans la tasse le velouté et l'umami caractéristiques des kabuse (notamment les gyokuro). Puis dans un deuxième temps, la liqueur fait la part belle aux légumes verts et aux fleurs. Sur chaque infusion, ce goût en deux temps s'imprime : une texture d'abord, le goût ensuite. 
Un thé exceptionnel, rond, minéral, velouté, sucré et salé à la fois ... La définition de l'umami en somme. 

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